Évolution du mix électrique tunisien : le solaire gagne du terrain tandis que les énergies renouvelables font face à des défis majeurs – WMC

Le paysage énergétique tunisien est aujourd’hui à un tournant stratégique où le solaire se démarque comme un moteur essentiel de la transition vers un mix électrique plus durable. Pourtant, cette avancée se heurte à une série de défis structurants qui freinent l’essor harmonieux des énergies renouvelables dans le pays. Alors que la production électrique reste largement dominée par le gaz naturel, principal responsable des pressions économiques et environnementales, l’évolution récente révèle des dynamiques contradictoires. Le solaire, bien que porteur d’espoir, voit sa contribution au mix électrique diminuer légèrement, tandis que l’éolien stagnante et l’hydroélectricité régressent, illustrant les complexités d’un secteur énergétique en quête d’équilibre et d’indépendance. Le contexte économique, marqué par un déficit énergétique croissant et une dépendance accrue, accentue ces enjeux, tout en soulignant l’urgence d’intégrer de nouvelles stratégies pour renforcer la sécurité énergétique nationale.

Le présent état des lieux dévoile un paradoxe apparent : après une décennie de multiplication par deux et demi de la capacité installée en énergies renouvelables, leur part dans la production d’électricité recule, traduisant des obstacles variés allant du cadre réglementaire aux contraintes techniques et financières. Par ailleurs, les décisions législatives récentes, notamment l’adoption de conventions de concession pour des projets photovoltaïques, témoignent d’une volonté politique affirmée d’inverser la tendance et d’améliorer la compétitivité des sources propres. Cependant, des questions demeurent quant à leur mise en œuvre efficace et à leur impact durable sur la balance énergétique nationale et les comptes publics, fortement affectés par l’augmentation des subventions à l’énergie et le déficit commercial lié à la dépendance aux combustibles fossiles importés.

Progrès et limites du solaire dans le mix électrique tunisien #

Le solaire occupe une position centrale dans l’évolution récente du mix électrique tunisien, perçu comme la composante la plus dynamique des énergies renouvelables. À la fin de 2025, la capacité solaire installée atteignait 895 mégawatts, ce qui reflète un essor significatif comparé aux années précédentes. Cette expansion est en partie due aux politiques encourageant le développement des centrales photovoltaïques, notamment via des appels d’offres publics et des accords de concession qui facilitent l’investissement privé.

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Ce rôle crucial du solaire est d’autant plus important que la Tunisie bénéficie d’un excellent ensoleillement quasi toute l’année, avec des conditions climatiques idéales favorisant une production énergétique constante et compétitive par rapport aux sources conventionnelles. Cette réalité conforte une vision où le solaire devient un levier stratégique pour réduire la dépendance au gaz naturel, dont le coût devient de plus en plus prohibitif.

Cependant, malgré ces avancées de capacité, la part de l’énergie solaire dans la production électrique totale a connu un léger recul, passant de 2,62 % en 2024 à 2,52 % en 2025. Ce paradoxe s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, le gaz naturel continue de dominer de façon écrasante le mix tunisien, représentant 95 % de la production, ce qui limite l’impact immédiat des renouvelables. D’autre part, des retards dans la mise en service de certains projets photovoltaïques affectent la montée en puissance escomptée.

Pour illustrer ces enjeux, plusieurs centrales solaires prévues dans des régions à fort potentiel comme Tataouine ou Tozeur subissent des délais dus à des difficultés techniques ou administratives. Par ailleurs, les infrastructures de réseau ne sont pas toujours adaptées à intégrer efficacement les flux intermittents d’électricité solaire, ce qui complique la gestion du système électrique et la valorisation de cette énergie durable.

Face à ces obstacles, la Tunisie renforce ses investissements en modernisation des réseaux et en solutions de stockage énergétique. Des projets pilotes de batteries et de couplage solaire-hydrogène sont en cours d’étude pour améliorer la flexibilité et la résilience du système. Ces dispositifs sont essentiels pour amplifier la part du solaire dans la production et assurer une transition énergétique réussie.

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Enfin, la volonté gouvernementale reste solide, avec des objectifs ambitieux visant à porter le renouvelable à 35 % du mix électrique d’ici 2030. Ce défi nécessite une synchronisation approfondie entre acteurs publics, investisseurs privés et partenaires internationaux afin de pérenniser l’essor du solaire tout en résorbant ses limites actuelles.

Les défis persistants pour les autres énergies renouvelables en Tunisie #

Si le solaire progresse en Tunisie, les autres branches des énergies renouvelables, notamment l’éolien et l’hydroélectricité, rencontrent des difficultés notables qui freinent leur développement et réduisent leur contribution au mix électrique.

Depuis 2018, la capacité opérationnelle de l’éolien est quasiment figée à 245 mégawatts, sans augmentation significative malgré le potentiel ventueux de certaines zones côtières et intérieures. Cette stagnation s’explique par un contexte financier contraint, une instabilité réglementaire et une difficulté à attirer les investissements. De plus, certains projets éoliens peinent à obtenir les autorisations ou rencontrent des oppositions locales, impactant fortement le déploiement des infrastructures.

La part de l’éolien dans la production électrique est ainsi en baisse légère, passant de 1,73 % à 1,5 % entre 2024 et 2025. Cette régression contribue à la diminution globale de la part des renouvelables alors même que le besoin de diversification énergétique est crucial pour la sécurité et la résilience du réseau tunisien.

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En parallèle, l’hydroélectricité, traditionnellement marginale dans le mix énergétique tunisien, voit sa part décroître également. Celle-ci est passée de 0,05 % en 2024 à 0,04 % en 2025, en raison notamment de la variabilité des ressources en eau affectées par le changement climatique et les épisodes de sécheresse récurrents. Par ailleurs, la capacité installée dans ce secteur ne connaît pas de développement majeur, faute de projets d’envergure et de financements adaptés.

Ces difficultés structurelles traduisent un certain déséquilibre dans la transition énergétique tunisienne, qui peine à diversifier ses sources propres. Ce déséquilibre a des conséquences concrètes sur la flexibilité du système électrique, la capacité à répondre à la demande et la maîtrise des coûts.

Plusieurs initiatives sont néanmoins en cours pour surmonter ces barrières. Le gouvernement, soutenu par des partenaires internationaux, expérimente des mécanismes d’incitations fiscales, des garanties financières et des réformes institutionnelles visant à relancer l’éolien et l’hydroélectricité. Certains projets éoliens réalisés dans le nord-est de la Tunisie bénéficient d’un accompagnement renforcé pour accélérer leur exploitation.

La complexité des défis rencontrés illustre la nécessité de consolider un cadre réglementaire stable et attractif. L’expérience récente montre que sans une volonté politique cohérente et une coordination efficace, la transition énergétique risque d’être ralentie, compromettant les objectifs d’un mix électrique plus équilibré et respectueux de l’environnement.

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L’impact économique et énergétique de la dépendance au gaz naturel #

Le mix électrique tunisien demeure fortement dépendant du gaz naturel, qui assure près de 95 % de la production d’électricité. Cette prédominance engendre des vulnérabilités majeures sur le plan économique et énergétique, amplifiées par la conjoncture mondiale des prix des énergies fossiles et les contraintes budgétaires nationales.

Les données les plus récentes montrent qu’alors que la consommation en énergie primaire reste élevée, approchant près de 9,7 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), les ressources énergétiques nationales ont drastiquement chuté, passant de 8,3 Mtep en 2010 à seulement 3,4 Mtep en 2025. Ce déséquilibre provoque un immense déficit énergétique d’environ 6,3 Mtep, soit plus de 65 % des besoins. La Tunisie se trouve donc contrainte d’importer massivement du gaz et autres combustibles fossiles pour compenser ce manque, engendrant un lourd déficit commercial et une pression accrue sur ses finances publiques.

En 2025, ce déficit commercial lié à l’énergie a atteint 11 023 millions de dinars, tandis que les subventions à l’énergie ont franchi un seuil de 7 000 millions de dinars. Cette situation pèse lourdement sur le budget de l’État tunisien, limitant les marges de manœuvre pour financer la transition vers des solutions plus durables et résilientes.

Outre les implications économiques, cette dépendance impacte négativement la sécurité énergétique. Toute perturbation dans l’approvisionnement ou hausse des prix internationaux peut entraîner des tensions majeures sur le réseau électrique, augmentant le risque de coupures et affectant la stabilité industrielle et sociale.

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Dans ce contexte, la promotion des énergies renouvelables, en particulier du solaire, représente un espoir concret. La réduction progressive de la part du gaz naturel est envisagée non seulement comme un levier économique, en diminuant la facture énergétique, mais aussi comme une réponse stratégique aux enjeux environnementaux et climatiques.

Mais pour concrétiser cette mutation, un redéploiement des investissements et un changement profond dans les modes de gestion et de planification énergétique s’imposent, en améliorant la gouvernance et en assurant une meilleure coordination entre les secteurs publics et privés.

Les leviers et stratégies pour accélérer la transition énergétique en Tunisie #

La transition énergétique tunisienne repose désormais sur un éventail de leviers que le pays doit actionner pour répondre à ses ambitions. Conscient des défis, le gouvernement tunisien s’appuie sur plusieurs axes stratégiques qui ont vocation à renforcer la part des renouvelables et à garantir un mix électrique équilibré et durable dans les années à venir.

1. Modernisation des infrastructures et intégration des renouvelables

L’adaptation des réseaux électriques classiques est indispensable pour intégrer efficacement les sources renouvelables intermittentes. Une meilleure gestion des flux, l’installation de systèmes intelligents (smart grids) et la mise en place de capacités de stockage énergétique sont au cœur des projets en cours. Ces solutions technologiques apportent de la flexibilité et permettent de répondre à la demande de façon plus agile et sécurisée.

2. Encouragement des investissements privés via des concessions

La ratification récente par l’Assemblée des représentants du peuple de plusieurs conventions de concession pour des projets photovoltaïques démontre que l’État mise sur l’investissement privé pour accélérer le déploiement des renouvelables. Ces concessions offrent aux investisseurs un cadre juridique sécurisant ainsi que des mécanismes d’incitations financières essentiels pour réduire les risques.

3. Formation, recherche et innovation

Pour pérenniser la transition, le développement des compétences locales et la promotion de la recherche en technologies propres sont primordiaux. Plusieurs centres de formation et laboratoires spécialisés sont en train d’être renforcés, participant à l’émergence d’une expertise tunisienne solide, capable de soutenir l’innovation dans le secteur énergétique.

4. Diversification des sources renouvelables

Si le solaire domine, il est crucial de développer l’éolien et l’hydroélectricité, ainsi que d’explorer d’autres options comme la biomasse ou la géothermie. Cette diversification garantit une meilleure résilience du système et facilite la gestion des fluctuations saisonnières ou climatiques, protégeant ainsi le réseau contre les chocs externes.

5. Sensibilisation et mobilisation des acteurs

Enfin, la réussite de la transition énergétique dépend aussi de l’adhésion des citoyens, des entreprises et des collectivités. Des campagnes de sensibilisation, des programmes d’incitation à l’efficience énergétique et des initiatives locales permettent de créer un écosystème favorable à la production électrique durable.

Levée de freins Actions spécifiques Résultats attendus
Infrastructure Modernisation des réseaux, stockage Meilleure intégration des renouvelables
Cadre juridique Conventions de concession, incitations fiscales Mobilisation accrue des investisseurs
Compétences Formation spécialisée, soutien à l’innovation Capacités locales renforcées
Diversification Investissements dans éolien, biomasse Mix énergétique plus résilient
Sensibilisation Campagnes, programmes d’efficacité Adhésion sociale renforcée

Grâce à ces mesures combinées, la Tunisie peut envisager une évolution positive de son mix électrique, où le solaire continue de gagner du terrain et où les énergies renouvelables dans leur ensemble jouent un rôle croissant et structurant. Cependant, cette trajectoire exige vigilance, coordination et adaptation continue, dans un contexte mondial énergétique en mutation rapide.

Enjeux géopolitiques et perspectives internationales du mix électrique tunisien #

L’évolution du mix électrique en Tunisie s’inscrit également dans un cadre géopolitique régional et international complexe. La forte dépendance aux importations d’énergies fossiles place le pays dans une position vulnérable face aux fluctuations des marchés mondiaux et aux tensions géopolitiques. Cela accentue l’intérêt stratégique de la transition énergétique pour réduire cette exposition et renforcer la souveraineté énergétique.

Le développement des énergies renouvelables tunisiennes bénéficie d’un soutien important de la part de la communauté internationale et de partenariats avec des institutions multilatérales telles que la Banque mondiale, l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (IRENA) ou l’Union européenne. Ces acteurs apportent non seulement des financements, mais aussi une expertise et des technologies innovantes qui facilitent la mise en œuvre de projets ambitieux et durables.

Dans ce cadre, la Tunisie explore des coopérations régionales en matière d’interconnexion des réseaux électriques avec ses voisins nord-africains et européens. Ces échanges pourraient permettre une meilleure gestion des surplus et déficits énergétiques, optimiser les coûts et renforcer la stabilité du système électrique.

Enfin, la participation active aux politiques climatiques internationales, notamment à travers les engagements pris dans l’Accord de Paris, oriente les choix nationaux vers une décarbonation accélérée du mix électrique. Cette orientation est également un levier pour attirer des investissements étrangers et développer une filière énergétique locale compétitive.

Aurore Dubois
Aurore Dubois

Passionnée par les énergies renouvelables, je travaille dans le secteur de l'environnement depuis 5 ans. J'aime découvrir chaque jour les nouveautés du secteur énergétique.

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